Le blog de La Sorcière
 

Sweeney Todd

Moi, il y a des choses qui me gonflent. Et vous savez ce qui me gonfle le plus ? Le génie.

Alors, j'admets que sur ce coup-là, il s'est fait plaisir, cet enfoiré de Tim !
Du coup, c'est vrai que pour les novices du genre, ça doit surprendre. Ca doit même sacrément refroidir... Mais comment résister à cette esthétique irréprochable, noire, implacable, grinçante, qui vous glace et vous secoue d'un gros rire nerveux tout à la fois ? Et puis qui sans prévenir, vous enchante... et la seconde d'après vous fait couiner de trouille... ?

C'est bien simple, moi, je ne savais plus où regarder.
Première chose qui a attiré mon attention : les lèvres des acteurs, d'abord, qui remuent au rythme d'une synchro quasi-parfaite... j'en ai vu des films musicaux, des opéras filmés, tout ce qu'on veut... je ne crois pas avoir déjà vu un play-back aussi remarquable.
Johnny, ensuite, qui fait mal aux yeux tellement il est exceptionnel. Je veux dire... le moindre de ses mouvements est d'une justesse à pleurer. Le regard, les attitudes, son physique même... il EST Todd, ce personnage brisé par quinze ans de bagne et qui finit par se noyer dans sa vengeance.

Puissent les forces supérieures (et forcément malfaisantes) qui dirigent notre monde, quelles qu'elles soient, nous offrir encore de nombreuses collaborations entre Burton et Depp tellement la magie qui s'en dégage est surnaturelle...

A part ça, j'ai détesté le film.

Non, j'déconne, hein... Même s'il était à chier (ce qui n'est pas le cas, ooooh non), j'y trouverais mon compte rien qu'en me laissant porter par l'ambiance de ce magnifique Londres sauce gothique.
D'abord, j'ai forcément adoré le côté vieille comédie musicale un peu désuète, un peu pompeuse, entrecoupée de grands moments de délire made in Helena Bonham Carter qui est décidément une sacrée cliente. Je comprends pas. Chaque fois j'ai l'impression de m'en étonner, mais elle me sidère par son talent. Ici, elle est superbe en sous Lady MacBeth crasseuse et blafarde, avec ses volants poussiéreux et ses tourtes immondes... et surtout belle et touchante comme tout.

Et quelle alchimie entre ces deux acteurs qui doivent maintenant se connaître si bien. Savoir se réinventer comme ils le font sous la houlette de maître Tim, de film en film... s'il ne devait rester que deux acteurs au monde, je voudrais que ce soient eux...

Ensuite, j'ai adoré chaque intervention de la clocharde ("Mischief ! Mischief !"). C'est con, mais pendant tout le film, je me suis dit que si j'avais pu choisir un rôle à interpréter (et surtout à chanter) dans ce film, j'aurais choisi le sien. Bien évidemment, j'avais flairé l'arnaque.
Et puis Alan Rickman en méchant grisonnant et libidineux à souhaits. Façon vieux beau, comme ça lui va désormais si bien.

Et, Jeeeez. Ces gars-là savent chanter ! Prenez ce traître de Johnny Depp... ça a un timbre profond, ça a des aigus aériens, ça tient ses notes avec une facilité révoltante, ça a une manière d'articuler à vous faire tomber à la renverse. Il pourrait pas s'arrêter dix secondes d'être talentueux histoire qu'on se repose un peu ???

Enfin, si l'image est soignée aux petits oignons, la distribution l'est tout autant, jusque dans les seconds rôles... le gamin, petit gavroche miteux et alcoolique est extra, Queudver est fidèle à lui-même, Borat est formidable, et j'ai même aperçu un certain Giles passer !

Bref, j'ai adoré. Mais je comprends qu'on puisse buter dessus. C'est triste, sanglant, sordide, excessif en tout, ça évolue dangereusement entre le mauvais goût et la grâce... en restant pour moi toujours du bon côté.

Et comme je pourrais continuer comme ça pendant des heures, je préfère m'arrêter là. Mais je reprendrais quand même bien un peu de cette délicieuse tourte aux doigts, ma ravissante Mrs Lovett.

 

Pour la soirée la plus (soi-disant) romantique de l'année...

... c'est-à-dire hier soir, la Sorcière s'est fait un plan à huit, rien que ça. Je suis une gourmande.

Alors, à votre avis, qu'est-ce que j'ai bien pu regarder comme DVD, hier soir ?

(J'ai donné un indice il y a quelques jours, pour ceux qui suivent et qui connaissent mon côté légèrement monomaniaque sur les bords.)

 

Ceci est une private joke...

Mais après tout, rien ne m'empêche de vous la faire partager.

Ca remonte à une bonne année et demie et "Dead man's chest" venait de sortir. On y était, la Chech', Labell'A et moi-même. Vers la fin du film, cette lopette d'Orlando se fait étaler par je ne sais plus qui. Il se réveille quelques secondes plus tard sous les yeux de sa mocheté toute prête à aller galocher Johnny. Et là, d'un coup, dans cette salle de ciné sur le point de périr d'ennui, il s'est produit une chose que je n'ai vécu qu'une autre fois : un instant de communion parfaite. Nul doute qu'il devait y avoir un paquet de gonzesses car un immeeeeense soupir de tendresse a soulevé l'assistance émue par la vision en très gros plan de ce gros bébé ouvrant ses beaux yeux noirs. Unbeliefuckingable.
En revoyant le fameux "Dead man's chest" hier soir (on ne se refuse rien, mais je viens d'acheter le troisième opus), je suis loin d'avoir ressenti la même chose, apparemment, ça ne marche que sur grand écran.

J'en profite pour dire qu'une fois qu'on a vu le trois, comme par magie, le deux prend une dimension tout à fait nouvelle. C'est un peu dommage, ce décalage, car je m'étais vraiment fait chier en le voyant au ciné. Hier soir, j'ai porté grande attention aux scènes entre Will et Davy Jones (qui lui même en devient par la même occasion immensément intéressant).

Pour info, la deuxième fois où j'ai vécu cet instant de grâce dans une salle de ciné, c'était devant "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants". Charlotte Gainsbourg est en balade, elle monte dans un ascenseur, et là, sans prévenir, c'est Johnny Depp, sur fond de Radiohead. Un "hiii" général, ému, et extrêmement féminin a retenti et est comme resté suspendu dans l'atmosphère. C'était mortel.

 

Seigneurs, Anneaux, Hobbits, Elfes, captures d'écran, réflexions et autres : les Deux Tours

Alors là, attention, ça se complique.

(Ca se complique tellement que ça m'a sortie du lit. Je voulais me coucher tôt et ce foutu billet tournait dans ma tête, il fallait que je l'écrive.)

Replaçons la chose dans son contexte.
2002, vlan, je me case. Ce sont des choses qui arrivent.
Nous nous convertissons mutuellement à un tas de choses (je résiste à The West Wing, on est bête quand on est jeune) mais surtout, pendant les mois qui précèdent la sortie des Tours, nous procédons à une préparation digne des plus grands athlètes. Relecture des bouquins, revisionnage intensif de la version longue de la Communauté, avec les commentaires, l'intégrale des bonus, bref, on en bouffe, de l'Anneau.
Et là, c'est le drame. On va voir les Deux Tours. On se retrouve deux heures et quelques plus tard à la terrasse surchauffée d'un bistro voisin, et on se regarde la mine déconfite : c'était quoi donc, ce truc ?
Je vous dis pas l'ambiance.

Je crois qu'on s'est obstinés. Je ne me souviens pas si on y est retournés dans la foulée, si on en a parlé pendant des jours et des jours pour se convaincre qu'il était bon, ce film, toujours est-il qu'on s'y est fait. En ce qui me concerne, c'est la version longue qui a fini d'envoyer aux pelotes toutes mes réserves concernant les Deux Tours, et aujourd'hui, malgré les quelques aménagements qui à l'époque m'avait choquée (ah Faramir, comme tu me fis de la peine, en 2002) j'aime le deuxième opus tout autant que les deux autres.

D'abord, j'ai peu de souvenirs de l'effet que m'a fait l'ouverture de la Communauté. Je me souviens en revanche que c'était à Cannes, que la salle était bondée et que ça papotait un max. Le Retour du Roi, inutile d'en parler, j'ai totalement occulté mes souvenirs de cette époque, ayant attaqué 2004 le moral au fond des socquettes, je ne me souviens pas de ma première impression. En revanche, je me rappelle très bien comment j'ai vécu le début des Tours. Rahlala, ces montagnes...

... et le grand plongeon de Gandalf avec son copain Balrog. D'autant que le récit que fait Gandalf de son combat avec la bête dans le bouquin est un des passages que j'adore. J'imagine que quand on se souvient de cela, cette scène n'en est que plus grandiose.

Ce qui nous vaut par la suite un Gandalf repassé de frais et sacrément bien manucuré.

Les Deux Tours, c'est quand même aussi gravement Gollum.

Je l'adore. Je trouve que tout ce qui a été brodé sur lui dans les deux derniers films est excellent. Son petit côté schizo, ses conversations avec lui-même ("You don't have any friendssss." "Not listening. Not listening." "Muuuurdereeeer").
Voilà un personnage qui a gagné gros en passant à l'écran. Et son incarnation de chair et d'os, Andy Serkis, y est pour beaucoup. Si vous n'avez jamais regardé les bonus, jetez-y un oeil, c'est édifiant.

Alors, s'il y a des raisons pour lesquelles j'ai aimé ce film, c'est d'abord pour le Rohan. J'adore ce pays. J'adore la rudesse de ses habitants, leur côté un peu ploucos mais noble, leurs chevaux... Et puis Bernard Hill, dans le rôle de Theoden, il est juste monstrueux.

Je trouve aussi que le personnage d'Eowyn est bien négocié. Ne serait-ce que visuellement.

Le reste, ce sera pour le Retour du Roi, parce que là, à part jeter de longs regards mouillés du côté d'Aragorn, c'est un peu encéphalogramme plat. Mais ça fait partie du jeu, on est d'accord.

Autre chose : la vision d'Arwen. Celle-là m'avait mise en colère, dites donc, au premier visionnage. C'est vrai, on a tous bien compris que son contrat stipulait qu'elle apparaîtrait dans les trois films. A posteriori, je trouve cela charmant. Pourquoi ? Parce que ce sont les Appendices du Seigneur, qu'on nous montre là. Oui, Arwen restera, oui, elle sera veuve, et oui, elle traînera son deuil dans les sous-bois de la Lorien avant d'y mourir.

Que ça plaise ou non à Elrond le Semi-Elfe pouêt pouêt camembert, bon sang ne saurait mentir, c'est dans les gènes, il va pas nous en faire un fromage, non ?

(Et hop, une petite capture d'écran de ce supercanon de Hugo Weaving qui arrive à rester d'une virilité exemplaire malgré les tresses, la quincaillerie et les broderies anglaises.)

Et puis enfin, outre évidemment la mythique bataille du Gouffre de Helm et le formidable réveil des Ents (malgré des passages un poil longuets chez Sylvebarbe), ce que j'attendais avec impatience, c'était l'apparition de Faramir. C'est vrai quoi, le petit frangin a une sacrée responsabilité sur les épaules. Malheureusement, la version courte nous le fait apparaître comme un sous-excrément de hanneton, et je peux vous dire que sur le coup, ça m'avait foutue dans une colère noire.

Faramir ne saurait convoiter l'Anneau. Faramir est bien au-dessus de ça. Faramir est un prince. Et comme cette race-là se fait rare, je n'apprécie pas qu'on nous l'écorche.
La version longue m'a un peu calmée grâce à la scène où Boromir et Faramir célèbrent la reprise d'Osgiliath. Mais quid du raffinement et de l'éducation du cadet de Denethor, ancien élève et protégé de Gandalf ? Aux oubliettes. Horreur.

Bref, je me rends compte que les Deux Tours ne peuvent réellement exister que dans leur version longue. Le bouquin est déjà une aberration à mettre en scène, ça relève du pur délire étant donnée la construction du récit et le nombre d'intrigues parallèles. Et aujourd'hui, même si certains aménagements me font encore un tout petit peu grincer des dents, je pense qu'il n'y avait guère moyen de faire mieux. Mais définitivement, la version longue. D'un point de vue technique, je trouve le montage de la version courte trop abrupt. Et puis les scènes coupées manquent cruellement, ne serait-ce que pour la compréhension générale.

To be continued...

 

La suite de la rubrique DVD...

... c'est en 2007 et c'est ici ! ;)