Sweeney Todd
Par La Sorcière, jeudi 21 février 2008 | Rubrique: DVD, cinéma, et autres... | 17 commentaires
Moi, il y a des choses qui me gonflent. Et vous savez ce qui me gonfle le plus ? Le génie.
Alors, j'admets que sur ce coup-là, il s'est fait plaisir, cet enfoiré de Tim ! ![]()
Du coup, c'est vrai que pour les novices du genre, ça doit surprendre. Ca doit même sacrément refroidir... Mais comment résister à cette esthétique irréprochable, noire, implacable, grinçante, qui vous glace et vous secoue d'un gros rire nerveux tout à la fois ? Et puis qui sans prévenir, vous enchante... et la seconde d'après vous fait couiner de trouille... ?
C'est bien simple, moi, je ne savais plus où regarder.
Première chose qui a attiré mon attention : les lèvres des acteurs, d'abord, qui remuent au rythme d'une synchro quasi-parfaite... j'en ai vu des films musicaux, des opéras filmés, tout ce qu'on veut... je ne crois pas avoir déjà vu un play-back aussi remarquable.
Johnny, ensuite, qui fait mal aux yeux tellement il est exceptionnel. Je veux dire... le moindre de ses mouvements est d'une justesse à pleurer. Le regard, les attitudes, son physique même... il EST Todd, ce personnage brisé par quinze ans de bagne et qui finit par se noyer dans sa vengeance.

Puissent les forces supérieures (et forcément malfaisantes) qui dirigent notre monde, quelles qu'elles soient, nous offrir encore de nombreuses collaborations entre Burton et Depp tellement la magie qui s'en dégage est surnaturelle...
A part ça, j'ai détesté le film. ![]()
Non, j'déconne, hein... Même s'il était à chier (ce qui n'est pas le cas, ooooh non), j'y trouverais mon compte rien qu'en me laissant porter par l'ambiance de ce magnifique Londres sauce gothique.
D'abord, j'ai forcément adoré le côté vieille comédie musicale un peu désuète, un peu pompeuse, entrecoupée de grands moments de délire made in Helena Bonham Carter qui est décidément une sacrée cliente. Je comprends pas. Chaque fois j'ai l'impression de m'en étonner, mais elle me sidère par son talent. Ici, elle est superbe en sous Lady MacBeth crasseuse et blafarde, avec ses volants poussiéreux et ses tourtes immondes... et surtout belle et touchante comme tout.
Et quelle alchimie entre ces deux acteurs qui doivent maintenant se connaître si bien. Savoir se réinventer comme ils le font sous la houlette de maître Tim, de film en film... s'il ne devait rester que deux acteurs au monde, je voudrais que ce soient eux... ![]()

Ensuite, j'ai adoré chaque intervention de la clocharde ("Mischief ! Mischief !"). C'est con, mais pendant tout le film, je me suis dit que si j'avais pu choisir un rôle à interpréter (et surtout à chanter) dans ce film, j'aurais choisi le sien. Bien évidemment, j'avais flairé l'arnaque.
Et puis Alan Rickman en méchant grisonnant et libidineux à souhaits. Façon vieux beau, comme ça lui va désormais si bien.

Et, Jeeeez. Ces gars-là savent chanter ! Prenez ce traître de Johnny Depp... ça a un timbre profond, ça a des aigus aériens, ça tient ses notes avec une facilité révoltante, ça a une manière d'articuler à vous faire tomber à la renverse. Il pourrait pas s'arrêter dix secondes d'être talentueux histoire qu'on se repose un peu ??? ![]()
Enfin, si l'image est soignée aux petits oignons, la distribution l'est tout autant, jusque dans les seconds rôles... le gamin, petit gavroche miteux et alcoolique est extra, Queudver est fidèle à lui-même, Borat est formidable, et j'ai même aperçu un certain Giles passer ! ![]()
Bref, j'ai adoré. Mais je comprends qu'on puisse buter dessus. C'est triste, sanglant, sordide, excessif en tout, ça évolue dangereusement entre le mauvais goût et la grâce... en restant pour moi toujours du bon côté. ![]()
Et comme je pourrais continuer comme ça pendant des heures, je préfère m'arrêter là. Mais je reprendrais quand même bien un peu de cette délicieuse tourte aux doigts, ma ravissante Mrs Lovett.

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