208 : A day in the death
Par La Sorcière, lundi 31 mars 2008 | Rubrique: Torchwood | 13 commentaires
Je ne vais pas en faire des caisses et des caisses parce que je suis fatiguée... mais il est d'une évidence absolue que j'ai adoré cet épisode. Il est magnifique. Et tout du long j'ai souffert avec Owen parce qu'il est confronté à un choix terrible qui n'en est même pas un : accepter sa propre mort... ou ? Ou rien. Ou devenir fou.
Sa souffrance est à la fois inédite et universelle. C'est là que Torchwood arrive à marquer des points à chaque fois : en transposant à des situations complètement improbables des sentiments d'une réalité saisissante.
Pour ne rien gâcher, cet épisode est superbement construit. Avec un début qui est en fait une fin. Et pourtant, on arrive à nous surprendre. L'épisode commence en voix-off. Owen nous raconte sa vie dans la mort. Une vie qui n'en est pas une, où il faut renoncer à tous les mécanismes du quotidien, ceux qui définissent la vie de tous les jours. Ceux qui sont nos repères. Ceux qui nous rassurent.


(Que ceux qui ne trouvent pas rassurants les petits gestes du matin lui jettent la première pierre... tombale.)
On le retrouve dans le présent, perché sur le toit d'un immeuble, les jambes dans le vide, aux côtés d'une suicidaire.
Owen : So... you're ready to jump ?

Ce sera le fil rouge de l'épisode. Jusqu'à ce qu'on découvre ce qu'il fait là-haut, au terme d'une conversation où chacun va partager avec l'autre les tristes raisons de sa présence.
Et puis à côté de ça, il y a la découverte de ce nouvel état...

Oui, les muscles fonctionnent, curieusement, même si le coeur ne bat plus...

Et non, les blessures ne cicatrisent plus, même s'il ne sent rien. J'ai trouvé fabuleux ce paradoxe : Owen ne peut plus mourir... et pourtant il est plus fragile qu'il ne l'a jamais été. Chaque bleu, chaque os brisé, chaque meurtrissure restera à jamais gravé dans sa chair glacée. Ca m'a foutu un bourdon magnifique.

Inutile de dire que ce n'est rien à côté de son bourdon à lui.
Et puis il y a pire, encore. Il y a l'impuissance de ses collègues qui se transforme en indifférence parce que c'est la meilleure manière de gérer un tel choc. C'est d'une humanité incroyable. Alors on écarte Owen. On lui fait préparer le café. On le protège, mais on l'enfonce. On le tue un peu plus encore.

Aucun autre personnage n'aurait pu souffrir autant de cette déchéance. Le voir prêt à jouer les bonniches pour rester à Torchwood, c'est quand même super puissant. Et comme ça reste Owen, c'est bien sûr par l'agressivité qu'il répond. Une agressivité qu'il commence par retourner contre Martha qui lui a volé son job, puis contre Ianto brusquement monté en grade.
Owen : Bet you're loving this aren't ya ? It's like you finally won.
Ianto : I didn't realise we were in competition.
Owen : Oh, come on. Even Tosh had more of a life than you used to. Now you're always out on missions, you're shagging Jack and I'm stuck here making the coffee !
Ianto : It's not like that. Me and Jack.
Avant bien sûr de la retourner contre lui-même lorsque Jack le renvoie chez lui. Pour quoi faire ? Rien. Il ne peut même pas dormir. La scène où il se retrouve dans son appart m'a parue incroyablement familière. J'ai eu l'impression de me voir dans mes phases de déprime noire. Tourner en rond les bras ballants...

Mettre de la musique...

Et tout jeter dans une tentative de renoncement à tout ce qui est inutile. Owen, lui, essaye de se débarrasser de son ancienne vie. Enfin, de sa vie tout court.


J'ai également trouvé la scène où Tosh vient lui rendre visite d'une vérité incroyable. Pourquoi venir ? Pour se dédouaner ? Pour dire "je suis venue" ? Et bouffer sa pizza devant Owen en s'apitoyant sur son propre sort ? Sans même voir qu'il n'écoute rien de son babillage et qu'il est en train de se noyer dans sa dépression, d'échapper totalement à tout ce qui l'entoure...

Argh. C'est d'une cruauté d'autant plus absurde qu'elle est terriblement involontaire. Pas étonnant que dans un élan désespéré, après s'être cassé volontairement un doigt sous les yeux effarés de Tosh pour lui montrer ce que c'est que d'être brisé, il s'enfuie en courant pour aller se flanquer dans le port. Où bien sûr il ne réussira jamais ni à se noyer ni même à produire la moindre bulle. (Oh, comme ça a été sympa à filmer, ça. Sous l'eau sans faire de bulles... intéressant concept pour un acteur.)

Heureusement que Captain Jack nous sort LA réplique de l'épisode lorsqu'Owen réalise que celui-ci attendait qu'il remonte de son petit voyage sous-marin.
Captain Jack : Skinny guy in tight jeans runs in the water ? I was taking pictures !
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Et puis tout bascule d'une manière très simple. Le repositionnement d'Owen dans l'équipe. Logique, indispensable, inévitable. Dans ces moments où l'on se sent comme un déchet, rien de tel que de se dire qu'on peut encore être utile...

Owen : Sounds like you need a dead man.
Et ouais. C'est vrai qu'un mec mort, pour échapper aux capteurs de chaleur du système de surveillance d'une baraque de millionnaire, ça aide.
Le plus fou, c'est qu'on se retrouve là avec l'antithèse absolue de Captain Jack, le mec pour lequel on ne craint pas la moindre balle, pas la moindre foulure. Là, on tremble à l'idée qu'Owen puisse tomber dans l'escalier et se casser une patte. Vivre sa vie de mort dans un fauteuil roulant, ptain, ce serait ballot !
Mission d'Owen, donc : récupérer un objet alien qui produit une inquiétante source d'énergie et qui risque de tout faire péter. Un objet qui est aux mains d'un vieux très malade qui renvoie à Owen une image de la mort qui va complètement changer sa manière de voir les choses.

C'est en constatant la peur qu'à ce pauvre vieux de mourir, jusqu'à croire que cet artefact le maintient en vie et à projeter sur lui tous ses espoirs de guérison que ça va faire chboum là-dedans. Et c'est aussi en ne parvenant pas à le sauver tout simplement parce qu'il n'a plus l'ombre d'un souffle dans ses poumons (ce qui peut servir quand on veut faire du bouche-à-bouche lors d'un massage cardiaque) qu'il va se prendre son électrochoc : il lui est permis d'échapper au grand néant, celui qui terrorise tant de gens, alors pourquoi ne pas en profiter ?

Voilà comment Owen va embrasser sa nouvelle vie qui n'en est pas une. Et sauver du suicide une femme désespérée. Car si au début de cet épisode on croit qu'Owen, poussé par une pulsion destructrice, est monté sur le toit de l'immeuble pour sauter lui aussi, point du tout. C'est pour sauver cette pauvre fille à qui un accident de voiture a tout pris... et surtout son mari, une heure à peine après qu'elle l'ait épousé.



Snirfl. C'est vraiment superbe.
Double bonne nouvelle, on nous renvoie la Martha dont on n'a plus besoin puisqu'Owen reprend ses fonctions. Et voyez comme ça s'enhardit vite, ces petites bêtes-là !

Petit bémol en ce qui me concerne : le piétinage constant de Toshiko à qui j'ai envie de balancer des torgnoles que les paluches me démangent comme c'est pas permis.
Bon, sur le coup, on a bien cru que l'appareil de pépé allait exploser et qu'Owen allait disparaître. Cette pintade enfarinée lui refait donc le coup du "I love you" qui commence à sérieusement sentir le moisi, si je puis me permettre. Et puis à la fin, hop, faisons comme si de rien n'était, et surtout, surtout, mon lapin, maintenant, tu me dis quand ça va pas, hein ?

Mais il lui manque une case, ou quoi ? 
J'ai presque regretté l'ancien Owen. Celui-là lui aurait balancé une bonne réplique cinglante dans les gencives, ça nous aurait fait des vacances.
Pffff...
Enfin bref, le reste est tellement magnifique que ça n'a même pas réussi à me gâcher quoique ce soit.
Et je sais qu'il y a encore des milliards de choses que j'aurais pu dire de cet épisode (le rôle de Gwen, par exemple, véritable leader de Torchwood, semble-t-il, m'a laissée sur le cul), mais je ne peux pas parler de tout... surtout quand ça fait quatre ou cinq jours que j'ai vu cet épisode et que j'ai pris aussi peu de notes vu comment j'étais dedans. ![]()
En tout cas, waouh. Quelle claque. Je n'en reviens pas qu'ils aient réussi à retomber aussi bien sur leurs pattes, parce que la planche était quand même sacrément savonneuse.
J'aime les séries qui prennent ce genre de risques. Bravissimo.

































